Programme national d’assainissement liquide 2025-2034 : le Maroc investit 56 milliards de dirhams pour une souveraineté hydrique durable
Le Maroc vient de franchir une nouvelle étape dans sa politique de gestion durable de l’eau avec le lancement officiel du Programme national d’assainissement liquide 2025-2034, doté d’un budget de 56 milliards de dirhams. Ce plan d’envergure, porté conjointement par le ministère de l’Équipement et de l’Eau, le ministère de l’Intérieur et plusieurs partenaires institutionnels, marque une volonté forte de moderniser les infrastructures d’assainissement, d’améliorer la qualité des rejets et d’intensifier la réutilisation des eaux usées traitées. Il s’agit du programme le plus ambitieux jamais entrepris dans ce domaine au Maroc.
Ce projet décennal vise à doter le pays d’un système d’assainissement performant, équitable et durable, couvrant à la fois les zones urbaines et rurales. L’objectif est de porter le taux de raccordement à l’assainissement collectif à plus de 95 % dans les villes et à 80 % dans les communes rurales prioritaires d’ici 2034. Cela représente la création ou la réhabilitation de milliers de kilomètres de réseaux, de centaines de stations d’épuration et la mise à niveau de systèmes existants souvent saturés ou obsolètes. Ces infrastructures permettront non seulement de réduire la pollution des cours d’eau et des nappes phréatiques, mais aussi d’améliorer la santé publique et la qualité de vie des populations.
Le volet environnemental du programme occupe une place centrale. Le Maroc entend désormais faire du traitement et de la réutilisation des eaux usées traitées (EUT) un levier stratégique pour renforcer sa sécurité hydrique. L’ambition est de réutiliser près de 100 millions de mètres cubes d’eau traitée par an d’ici 2027, pour l’irrigation des espaces verts, des terrains de golf, de certaines cultures non alimentaires et des zones industrielles. Plusieurs villes pilotes, telles que Marrakech, Agadir, Fès et Oujda, ont déjà amorcé cette transition en mettant en place des circuits de valorisation de l’eau épurée. Cette approche permet d’alléger la pression sur les ressources en eau conventionnelles, déjà très sollicitées par les usages agricoles et domestiques.
Au-delà des infrastructures, le programme accorde une attention particulière à la gouvernance et à la durabilité des systèmes d’assainissement. Il introduit des modèles de gestion déléguée et de partenariat public-privé, favorisant l’implication du secteur privé dans la conception, la construction et la maintenance des ouvrages. Ces partenariats visent à garantir un service de qualité, une maintenance régulière et une meilleure maîtrise des coûts sur le long terme. Le gouvernement souhaite également renforcer la régulation, le contrôle de la qualité des eaux rejetées et l’intégration de nouvelles technologies numériques dans la gestion des réseaux.
Un autre pilier majeur du programme concerne la résilience climatique. Les infrastructures prévues intègrent des dispositifs de collecte et de stockage des eaux pluviales afin de réduire les risques d’inondation et de permettre leur réutilisation. Les projets prendront en compte la variabilité climatique et les spécificités géographiques de chaque région, notamment dans les zones à forte vulnérabilité hydrique comme le Sud et l’Oriental. L’objectif est de bâtir des systèmes capables de s’adapter aux épisodes extrêmes, qu’il s’agisse de sécheresses prolongées ou de pluies torrentielles.
Ce programme est aussi porteur d’un fort impact économique et social. Il devrait générer plusieurs dizaines de milliers d’emplois directs et indirects, notamment dans les secteurs de la construction, de la maintenance, de la gestion environnementale et du contrôle qualité. Par ailleurs, les collectivités locales bénéficieront d’un accompagnement technique et financier pour renforcer leurs capacités de gestion. Le développement d’un tissu d’entreprises nationales spécialisées dans le traitement des eaux, la fabrication d’équipements et la maintenance des réseaux figure également parmi les priorités, afin de consolider la souveraineté industrielle du Maroc dans ce domaine.
L’initiative s’inscrit dans la continuité de la Stratégie nationale de l’eau 2020-2050, qui prône la diversification des sources d’approvisionnement et la valorisation des eaux non conventionnelles. Le Maroc confirme ainsi sa volonté d’adopter une approche intégrée, combinant innovation technologique, équité territoriale et durabilité environnementale. Ce programme d’assainissement liquide 2025-2034 ne se limite pas à une politique d’infrastructure : il incarne une vision globale d’aménagement durable et de justice hydrique, où chaque région du Royaume bénéficie d’un accès équitable à un environnement sain et à des ressources maîtrisées.
En engageant 56 milliards de dirhams dans ce chantier, le Maroc fait le pari d’une transformation structurelle et durable de son modèle hydrique. Ce plan reflète la prise de conscience que l’eau, ressource vitale et limitée, ne peut plus être gérée selon les logiques du passé. L’assainissement devient un pilier de la souveraineté nationale et un moteur d’innovation, capable de concilier développement économique, équilibre écologique et bien-être des citoyens.