Le pipeline « J2K » du Groupe OCP : un jalon stratégique de souveraineté hydrique au Maroc

Le Maroc connaît aujourd’hui une transformation profonde dans la gestion de ses ressources hydriques, portée par une volonté nationale de souveraineté et de durabilité. Dans ce contexte, le Groupe OCP, acteur mondial du phosphate, a marqué un tournant décisif en atteignant, dès 2025, son autonomie totale en eau non conventionnelle, soit deux ans avant l’objectif initial. Ce succès repose sur l’utilisation exclusive d’eau dessalée et d’eaux usées traitées, une première au Maroc et un exemple emblématique de la transition hydrique que le pays veut généraliser.

Pour atteindre cette indépendance, OCP a conçu et mis en service le pipeline J2K, une infrastructure colossale reliant la station de dessalement de Jorf Lasfar, sur la côte atlantique, au bassin minier de Khouribga, sur plus de 200 kilomètres. Ce réseau transporte près de 80 millions de mètres cubes d’eau dessalée chaque année. L’eau est produite grâce à un système d’osmose inverse de dernière génération, alimenté en grande partie par des énergies renouvelables. Ce projet, l’un des plus vastes et technologiquement avancés d’Afrique, illustre la capacité du Maroc à mobiliser innovation, ingénierie et durabilité pour relever le défi du stress hydrique.

Cette prouesse d’ingénierie, réalisée en moins de deux ans, démontre la maîtrise technologique et organisationnelle du Groupe OCP. L’essentiel de la main-d’œuvre mobilisée est marocaine, signe que le pays dispose désormais des compétences nécessaires pour concevoir, construire et exploiter de grandes infrastructures hydriques. Le pipeline intègre par ailleurs des systèmes numériques de contrôle et de surveillance, garantissant une gestion intelligente des flux, de la pression et de la qualité de l’eau.

Au-delà de son intérêt industriel, ce projet a un impact territorial et environnemental majeur. En cessant totalement de puiser dans les nappes phréatiques, OCP libère une ressource vitale pour les usages agricoles et domestiques. Le modèle adopté repose sur la circularité : chaque goutte d’eau est utilisée, traitée et réinjectée dans le circuit. Cette approche s’inscrit dans la Stratégie nationale de l’eau 2020-2050, qui encourage le recours aux eaux non conventionnelles, la réutilisation des eaux usées et le développement de solutions locales d’assainissement. Le projet contribue également à réduire les émissions de gaz à effet de serre grâce à l’intégration des énergies renouvelables dans le processus de dessalement.

L’impact socio-économique est tout aussi significatif. L’autonomie hydrique renforce la sécurité opérationnelle du Groupe OCP, tout en garantissant la pérennité d’une filière essentielle à l’économie nationale. À terme, une partie de l’eau dessalée pourrait également bénéficier à la population de Khouribga, contribuant à sécuriser l’accès à l’eau potable dans cette région à forte croissance démographique. Ce type de projet montre comment une entreprise peut être un acteur clé du développement durable et de l’équité territoriale.

Cependant, certains défis persistent. Le coût énergétique du dessalement reste élevé malgré les progrès technologiques, et la maintenance d’une telle infrastructure requiert un

haut niveau de compétence et de rigueur. De plus, l’équité hydrique entre les territoires demeure un enjeu stratégique : les zones rurales doivent pouvoir bénéficier de projets similaires, adaptés à leurs besoins. Ces défis n’atténuent toutefois pas la portée de ce projet, qui sert de référence à d’autres initiatives nationales en cours, notamment à Casablanca, Agadir et Dakhla.

En atteignant l’autonomie hydrique avant l’échéance, OCP prouve qu’il est possible d’allier performance industrielle, innovation technologique et responsabilité environnementale. Ce succès dépasse la sphère de l’entreprise pour devenir un symbole national. Il montre qu’un modèle industriel durable, fondé sur la valorisation des eaux non conventionnelles, peut transformer la contrainte hydrique du Maroc en un levier de souveraineté et de croissance. Le pipeline J2K n’est pas seulement un projet d’ingénierie ; c’est une déclaration d’avenir : au Maroc, l’eau devient non plus une ressource limitée, mais un pilier stratégique d’indépendance, d’innovation et de développement durable.

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